Panneaux photovoltaïques, Eldorado ou Arnaque ?

Depuis plusieurs années désormais, les pouvoirs publics tendent à favoriser les énergies, alternatives possibles aux énergies fossiles actuelles. Dans cette démarche, ils poussent tout à la fois les industriels et les particuliers. Ces derniers peuvent aujourd'hui profiter de subventions, de crédits d'impôts ou encore de conditions financières particulièrement favorables pour s'inscrire dans cette démarche écologique. Plusieurs techniques sont aujourd'hui utilisées pour réduire sa facture énergétique. Qu'il s'agisse de l'éolien, des panneaux solaires, des puits canadiens, ou même des fenêtres à triple vitrage ou encore de l'isolation par l'extérieur, l'heure est à l'économie et à de nouvelles sources de production.




Au fil des années, les panneaux solaires se sont vus mis sous les projecteurs grâce à des coûts de productions en nette baisse, mais aussi grâce à des tarifs d'achats de l'électricité ainsi produite, particulièrement intéressante. Les panneaux solaires ont donc fleuri un peu partout sur nos toits, avec des produits affichant des rendements toujours plus élevés. Tout naturellement, fleurant le bon filon, des arnaqueurs de tout poil -ils ne méritent même pas le nom de voleurs-, ont multiplié les sociétés et le démarchage téléphonique à outrance afin de proposer des solutions toujours plus onéreuses à des personnes toujours plus fragiles. Le secteur est devenu depuis un mélange de professionnels passionnés et compétents, et d'escrocs qui font du photovoltaïque comme ils ont pu faire à une époque des vérandas, des cuisines ou de la vente de tapis d'orient.

Avant d'essayer de savoir si le prestataire auquel vous avez fait confiance, ou auquel vous vous apprêtez à faire confiance, est sérieux ou pas, il est bon de rappeler que l'énergie photovoltaïque peut être un investissement rentable. L'impact écologique est évident, mais l'impact financier n'est pas négligeable. Les agriculteurs l'ont bien compris et ils n'hésitent plus à utiliser leurs immenses toits de hangars pour poser des panneaux, comme certains ont loué leurs terrains pour y placer des éoliennes. Les panneaux solaires peuvent être rentables, encore faut-il respecter quelques règles de bon sens.

Combien me coûte mon installation ?
A ce jour, le kit typique proposé aux particuliers se compose de 12 panneaux photovoltaïques de 0,250 kWc chacun, pour un total de 3 kWc. Ce niveau n'a pas été choisi au hasard par les installateurs car il correspond au maximum accepté par l'administration fiscale. Au-delà de cette taille, la production sera alors fiscalisée. En-deça, la totalité de la vente d'électricité à ERDF est exempt de fiscalité. Pour une installation de 3 kWc, en 2014, il faut compter entre 10 et 14.000 euros TTC, tout compris. Pour ce prix, les panneaux sont achetés, livrés, posés et raccordés au réseau ERDF, et commencent à générer de l'argent. Les installateurs pouvant choisir leur prix librement, rien de les empêche de gonfler sévèrement la facture. Ainsi, en 2014, il n'est pas rare de trouver des installations proposant la même qualité -voire moindres- pour 20-22.000 euros. Ils sont bien évidemment à fuir car rien aujourd'hui ne justifie un tel écart. De plus, la rentabilité de votre investissement s'en retrouvera presque réduite à néant avec de tels tarifs à l'installation.

Vous n'aurez rien à payer !
La peur, légitime, de tout particulier dans ce secteur, est de voir une installation qui lui coûte de l'argent chaque mois. Il veut bien être écologique, mais au pire, il ne veut pas perdre de l'argent, à défaut d'en gagner. Pour se faire, les escrocs ont une technique imparable, le "ça ne vous coûtera rien. Les gains liés à la vente de l'électricité compenseront le montant du remboursement". Effectivement, ils auront vite fait de vous parler d'une installation zéro coût. Vous ne payerez rien à l'installation, rien durant les dix premières années, et ensuite, vous encaisserez seuls les revenus. Le tableau semble plus qu’idyllique. Mais en pratique, il est tout autre.

En pratique, vous, en tant que particulier, contractez un crédit (certains sans même le savoir, par des tour de passe-passes dont les pseudos vendeurs ont le secret). Ce crédit qui sera accepté (les vendeurs n'hésiteront pas à maquiller les chiffres pour vous faire financièrement plus beau que ce que vous n'êtes) ne commencera son remboursement que dans un an. Ce délai exceptionnel d'un an est même mis en avant par le vendeur, laissant sous entendre que vous toucherez de l'argent avant même de rembourser le crédit. Il oublie simplement de vous dire que ce délai sera payant, car intégré dans les intérêts du crédit. De plus, il se justifie par le fait que les délais de raccordements sont parfois très élevés, voire que la société sait qu'elle fermera ses portes dans moins d'un an. Ainsi, au moment des premiers remboursements, pour une installation qui ne fonctionne pas, vous ne pourrez plus vous retourner contre eux.

Prenons le cas, réel, d'un contrat que j'ai eu loisir d'éplucher. Le prix global de l'installation était de 20.000 euros. Les échéances du crédit, assurance comprise, étaient de 269,82 euros, sur une période de 120 mois. Autant dire que l'installation ne vaut plus 20.000 euros, ce qui est déjà exhorbitant, mais 120 x 269,82 = 32.378,40 euros. Le TEG reste malgré tout raisonnable à 10,50%, tout en sachant qu'en négociant directement avec votre banque, vous aurez, dans bons nombres de cas, un taux bien inférieur.

Ce coût de 32.378,40 euros, arrondisons à 32.000 euros, doit être rapproché des gains supposés annuels de la production solaire. Il faut en effet raisonner annuellement pour la production, car d'un mois à l'autre, les revenus peuvent être forts différents. On ne produit pas autant d'électricité au moins d'août et au mois de novembre. Pour estimer votre production solaire, le mieux est encore de se rapprocher de sites qui listent des installations existantes. Vous aurez alors une estimation bien plus proche de la réalité que toutes les simulations fournies. Nous ne pouvons que vous conseiller BDPV, qui bien que sous une allure austère, vous permettra de trouver l'information que vous désirez. Ce site, et quelques autres, donne, pour l'exemple ci-dessus, une production annuelle de quelques 2.600 à 3.400 kWh de production annuelle. Le prix du rachat est fixé en 2014 à 0,31€ le kWh, soit un gain annuel de 3.400 x 0,31 = 1.054€ ... au mieux. Avec un coût total, hors maintenance, de 32.000 euros, les panneaux solaires ne deviennent rentables qu'au bout de ... 30 ans. Autant dire, qu'ils ne seront jamais rentables. Au prix de l'installation, il faut aussi rajouter les prix de changement de l'onduleur -tous les dix ans environ-, la dégradation des performances des panneaux solaires dès la 10ème année, de 10%, et la baisse attendue du prix d'achat de l'électricité -le contrat ne garantissant les 0,31€ n'étant valable que 20 ans-.

Autant dire qu'il ne faut pas croire, loin d'en faut, les discours de certains bonimenteurs qui pensent avant tout à leur profit avant votre bien être. Financer une installation d'un coût de 3.237,84 euros par an, avec 1.054 euros de gain, il n'y a que les escrocs qui peuvent vous expliquer que c'est sans impact sur votre vie quotidienne.

Installation installée sans accord de la mairie
Poser des panneaux photovoltaïques sur un toit, requiert plusieurs formalités administratives, comme une déclaration de travaux, voire l'obtention d'un agrément si votre maison est situé dans un secteur des Batîments de France. Autant de démarches longues que n'apprécient pas les escrocs. Autant de mois durant lesquels l'acheteur pourra avoir compris qu'il s'est fait berner. De fait, il n'est pas rare qu'à peine la déclaration faite, sans même attendre la ou les réponses, les installateurs viennent à l'improviste, se justifiant par un chantier proche, et proposant d'installer dès maintenant les panneaux. Un coup de fil au grand patron pour confirmer que l'absence de réponses ne pose pas de problèmes, et vous vous retrouvez avec des panneaux solaires sur le toit, sans avoir la moindre réponse de l'administration. Une fois posée et le bon de livraison et d'installation signés, les escrocs pourront demander le virement à l'organisme de crédit. Une fois payés, vous aurez toutes les peines du monde à les faire revenir sur votre dossier.

Afin de ne pas éveiller les soupçons de la mairie, certains installateurs n'hésitent pas à placer des panneaux dans des endroits incongrus, contraires aux devis signés, et ce malgré la forte baisse du rendement, pour que ces derniers ne se voient pas du bord de la route. Il va sans dire qu'une installation orientée plein nord va apporter des rendements médiocres.


Le crédit d'impôt va vous faire gagner de l'argent
Le touche finale de toute bonne escroquerie, qui se respecte, repose, bizarrement, sur les crédits d'impôts accordés par l'Etat. Moyennant un tour de passe passe, les installateurs arrivent à expliquer aux particuliers qu'en plus de gagner de l'argent avec leurs panneaux, l'Etat leur en versera. Qui n'a pas rêvé voir l'Etat lui faire un chèque ? Désormais, le particulier ne voit même plus le montant du crédit, ridiculisé en une échéance sur 10 ans, mais un crédit d'impôt des plus imposants. Calculer les dépenses de façon mensuelle, et les revenus de façon annuelle ou sur la totalité du projet, et l'opération va sembler cosmétiquement intéressante. D'un côté 269,82 euros de remboursement. De l'autre 1.054 euros de gain tous les ans et plus de 1.700 euros de crédit d'impôt.

Il ne s'agit là que de quelques éléments destinés à appuyer là où ça fait mal, au porte monnaie. Des dizaines de familles continuent à ce jour d'être escroqués par des artisans qui n'en ont que le nom. Des associations peuvent vous aider à sortir de cet imbroglio, même une fois le bon de commande signé, même une fois le crédit en cours de remboursement, même une fois l'installation raccordée, mais cela demande un minimum de formalisme. Nous ne pouvons que vous conseiller de vous rapprocher du Groupement des Particuliers Producteurs d’Electricité Photovoltaïque ou GPPEP : www.gppep.org.


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